Stéroïdes, lidocaïne et acide ioxaglique modifient la viscosité de l’acide hyaluronique.

Viscosité de l'acide hyaluronique

Stéroïdes, lidocaïne et acide ioxaglique modifient la viscosité de l’acide hyaluronique : étude in vitro et implications cliniques

 

Thierry Conrozier1, Jeremy Patarin2, Pierre Mathieu3 et Marguerite Rinaudo4
1Service de rhumatologie, Hôpital Nord Franche-Comté, 14 rue de Mulhouse, 90000 Belfort, France


Résumé

Contexte :

La viscosupplémentation par injection intra articulaire d’acide hyaluronique (AH) est une modalité thérapeutique pour traiter les arthroses du genou, de la hanche et plus rarement d’autres articulations. Il est très fréquent d’injecter d’autres médicaments au cours de la viscosupplémentation, sans savoir si cette association peut avoir un effet néfaste. Les propriétés rhéologiques d’un viscosupplément varient largement selon le produit [poids moléculaire x concentration en AH]. Autrement dit, toute réduction des propriétés viscoélastiques est liée à une diminution de la concentration et/ou du poids moléculaire de l’AH. La présence d’autres molécules peut entraîner des interactions moléculaires favorables ou défavorables avec l’AH. L’objectif de cette étude était d’évaluer l’effet de produits habituellement associés à l’AH (corticostéroïdes, lidocaïne, opacifiants iodés), sur le comportement rhéologique de l’AH afin d’en tirer des conclusions pratiques.

 

Méthodes :

 

Le comportement rhéologique de l’AH linéaire (HAPPYVISC®) et réticulé (HAPPYCROSS®), a été étudié avant et après l’ajout de différents volumes (ratios 1:0.5 – 1:4) des composés suivants : tampon phosphate salin (PBS : « phosphate buffered saline » comme contrôle), cortivazol, hexacétonide de triamcinolone, chlorhydrate de lidocaïne, ioxalate de méglumine. Les courbes de débit des différents échantillons ont été obtenues en utilisant une méthode de mesure basée sur un taux de cisaillement constant.

 

Résultats :

 

Quelle que soit la dilution ou la molécule ajoutée, la viscosité de l’AH réticulé restait plus élevée que celle du linéaire. L’ajout de PBS au ratio 1:1 a provoqué une diminution drastique (jusqu’à 97.5%) de la viscosité de l’AH. Le cortavizol et la lidocaïne ont eu un effet similaire au  PBS sur l’AH linéaire. Les deux ont eu des effets encore plus néfaste sur la viscosité de l’AH réticulé. Parmi les corticostéroïdes, la triamcinolone a provoqué une moinde de la viscosité de l’AH que le cortivazol. L’effet de l’ioxalate de méglumine dépendait du dosage. La viscosité de l’AH linéaire est restée supérieure à l’effet de dilution jusqu’au ratio 1:1. Concernant l’AH réticulé, l’effet néfaste de l’opacifiant était visible à partir du ratio 1:1 et très marqué au ratio 1:2.

 

Conclusion :

 

La viscosité de l’AH varie grandement en présence d’autres molécules. Ces changements sont dus à la dilution et aux interactions moléculaires. L’étude suggère que l’ajout d’autres molécules à l’AH peut provoquer  une forte diminution de sa viscosité. Cependant, à une dose ne dépassant pas le ratio 1:1, le produit de contraste et la triamcinolone ne semblent pas avoir d’effet néfaste majeur sur la viscosité, en particulier sur l’AH réticulé. L’étude indique également que la lidocaïne a un effet négatif sur l’AH réticulé. Ces données in vitro montrent que les associations AH-médicaments doivent être évitées si elles ne sont pas indispensables. Cependant, des essais cliniques sont nécessaires afin de déterminer si les changements rhéologiques peuvent avoir un impact significatif sur les résultats cliniques.

 

Mots Clés :

 

Acide hyaluronique, Corticostéroïdes intra articulaires, Triamcinolone, Cortivazol, Lidocaïne, Acide ioxaglique, Produit de contraste, Viscosupplémentation, Rhéologie